Amicale du Pensionnat Saint-Joseph

Category: 1957 – 1958, Historique 21

 

Amicale du Pensionnat Saint-Joseph. »

1957 – 1963

Résumé

 

Le 20 septembre 1956. René Péchard, évadé du camp de Thai Nguyen un an plus tôt, atterrit à Vientiane, il est totalement démuni. Il complète les études de dentiste commencées à Hanoi et installe un cabinet. Il recueille deux enfants qu’il scolarise à Xieng Khouang dans le nord du Laos. Emu par la pauvreté des petits pensionnaires, il organise avec le père supérieur de la maison, une chaine d’entraide autour de « L’Amicale du Pensionnat Saint Joseph » . Des appels sont lancés en France. L’un des enfants qu’il avait accueillis est tué l’année suivante dans une embuscade et sa disparition le bouleverse.  Peu à peu sont ouverts une pharmacie gratuite, des centres de soins… Son action s’étend progressivement à l’ensemble du Laos. Son cabinet dentaire devient un véritable accueil social privé et gratuit dans ce pays si pauvre. Mais Xien Khouang est isolé par le Pathet Lao. La première association qu’il a fondée en avril 1958 avec un ami (Egène Simmoneau), n’est déclarée officiellement qu’en novembre 1960 sous le nom d’Association des « Amis du Pensionnat Saint Joseph ». D’ailleurs elle ne fonctionne que sur les fonds propres de René Péchard qui y consacre ses forces, son temps, son argent.Ainsi, René Péchard fait-il preuve dés le début de l’association de sa volonté de s’adapter aux besoins, sans jamais se satisfaire des situations acquises.  Il puise dans sa foi et dans l’affection des plus pauvres la force de continuer. Il a appris à se méfier des idéologies et à aider leurs victimes quelles qu’elles soient.

Jean-Claude Didelot est alors élève au Prytanée Militaire de la Fl^che puis en mathématiques spéciales au collège Stanislas à Paris. Durant l’été 1958, il est volontaire dans les SAS en Algérie. De cette expérience, il retiendra qu’il est plus facile de fourvoyer la générosité des jeunes que de les appeler à la lucidité.


 

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Extraits de « Piété Filiale »


3521606.jpg  René Péchard : Lorsque j’atterris à Vientiane le 20 septembre 1956, je sais que d’’autres Français qui n’ont pas eu ma chance ont été « oubliés » à ce moment-là et je suis persuadé que plusieurs compatriotes se trouvent encore là-bas : peut-être s’y sont-ils mariés. En arrivant au Laos, je pensais, j’espérais que les Laotiens avaient moins souffert que les Vietnamiens. Je me suis bien vite aperçu qu’il en était de même. J’ai débarqué seul et sans projet, pensant ne rester à Vientiane qu’une quinzaine de jours, une espèce d’étape avant mon retour vers la France.


J’avais beaucoup changé, bien sûr : j’avais appris, à travers les souffrances dont j’avais été à la fois témoin et victime, à aimer ces peuples. Le bien et le mal cohabitent dans le cœur de chaque homme, nous sommes tous des êtres mêlés, subtile coexistence entre des générosités émouvantes et des lâchetés lamentables. Au Viêt Nam, j’ai rencontré des militaires français qui n’étaient pas toujours à la hauteur des situations qu’ils occupaient; en revanche, j’ai connu beaucoup d’hommes courageux et de grande valeur. Ils ont fait leur devoir correctement dans une guerre dure de part et d’autre. Chez les Viêt Minh aussi, j’ai trouvé des gens honnêtes; ils étaient communistes ou faisaient semblant de l’être, certes, mais parmi eux se trouvaient des gens droits et bons qui comprenaient vos souffrances et cherchaient à les soulager. Bien sûr, ils ne pouvaient exercer ces qualités-là qu’individuellement. S’ils s’étaient comportés publiquement ou en groupe d’une manière positive à notre égard, ils auraient été dénoncés et peut-être éliminés. Tout se faisait donc dans la discrétion. Cela dit, du côté des Viêt Minh j’ai côtoyé aussi des êtres nocifs, méchants, pervers, vicieux, sadiques…

 laos-i-_converti_.jpg  A Vientiane, s’était installé un ami à moi que j’avais connu à Hanoi. J’ai élu domicile chez lui tout à fait provisoirement. C’est lui qui m’a convaincu de prolonger mon séjour. J’ai alors fait un tour à l’hôpital local. J’ai constaté que le personnel dentaire y était réduit à sa plus simple expression : un dentiste et quelques assistants. On m’a proposé de donner un coup de main régulier. J’ai décidé de dire « oui ». Nanti de matériel militaire de campagne, je me suis installé en ville avec pour tout personnel deux enfants de douze et treize ans.  L’âge vous surprendra sans doute : au Laos, les enfants étaient au travail vers huit ans à cette époque. En prenant des gosses avec moi, je faisais d’une pierre deux coups : donner l’occasion de faire gagner quelques sous à deux familles qui en avaient singulièrement besoin, et me permettre d’avoir quelque indépendance pour le travail, en confiant la propreté de la maison et une partie de la cuisine à des tiers, même jeunes.

Mon « cabinet » tourna ainsi une année, vaille que vaille. Comme j’eus très vite horreur des pommes de terre bouillies, j’engageai une cuisinière, puis un infirmier. Questionnant les enfants sur ce qu’ils désiraient désormais faire, ils me répondirent avec une belle unanimité : « Nous voudrions aller à l’école !»

Il y avait une mission catholique à Xieng Khouang. Après que je me fus entendu avec le père supérieur, mes deux gaillards ont rejoint l’école là-bas. L’Association n’existait pas : de ce fait, j’ai dû payer tous les frais de la scolarité. Je n’avais d’autre famille en France que mon frère. Il avait une excellente situation. Aussi ai-je décidé de me constituer sur place une famille avec ces deux enfants.

Par la suite, j’ai eu l’occasion de constater la profonde misère qui régnait chez beaucoup de Laotiens. Allant à Xieng Khouang pour visiter les enfants que j’y avais placés, j’ai été témoin, à l’occasion des fêtes de la Nativité, d’une bien triste scène, surtout lorsqu’on la transpose dans le monde de l’enfance. Après la messe de minuit, les élèves sont partis au lit sans avoir reçu le moindre cadeau. Cela ne venait pas d’une quelconque mauvaise volonté ou négligence des missionnaires : ils souffraient eux-mêmes de la situation. Mais ils n’avaient tout simplement pas d’argent au-delà du strict nécessaire. Dans un élan spontané, j’ai dit au père supérieur : « L’an prochain, je vous ferai un arbre de Noël. » Le prêtre a acquiescé, tout heureux. Je me suis mis en quête du nécessaire, me faisant aider par le premier Français que j’avais rencontré à Hanoi – vous vous souvenez, celui qui m’avait prêté des vêtements. Il devint ainsi le cofondateur de ce qui allait s’appeler l’« Association pour la Protection de l’Enfance au Laos». Sans lui, peut-être n’aurais-je pas eu le courage de me jeter à l’eau…

Évidemment, c’est en priorité à mes deux garçons que j’ai pensé… Puis, à mesure que la marche de mon cabinet fut assurée, j’ai vu arriver chez moi de pauvres gosses qu’il fallait d’abord soigner, et ensuite continuer d’aider. Je les ai traités gratuitement, mais j’étais loin d’avoir en tête l’idée d’une association. C’est l’arbre de Noël du collège qui nous a réunis, mes amis et moi. Beau la première année, nous avons voulu le faire encore plus magnifique par la suite. Par relations, nous avons pu obtenir des vêtements et nos amis médecins nous ont donné des médicaments. Un jour, nous avons envoyé une circulaire à tous les fabricants français de couvertures, de même qu’aux commerçants. Nous avions trouvé leurs adresses chez l’attaché commercial de l’ambassade. Quantité de couvertures sont arrivées, et avec elles un chèque de 100 francs. Un chèque, c’est beau, mais pour le toucher il faut exister… et l’Association n’existait pas! Sur l’en-tête de notre circulaire, nous avions marqué : « Comité d’aide au pensionnat Saint-Joseph. » Nous n’avions d’autre prétention à cette époque que de faire plaisir aux enfants démunis de l’école. Lorsque j’ai ouvert l’enveloppe qui contenait le chèque, nous étions attablés, mon ami
Simonneau, un autre ami et moi-même, en train de boire un rafraîchissement. L’un des trois, par un heureux hasard, était conseiller auprès du ministère de la Justice. Me voyant embarrassé avec mon chèque, il me dit : « Nous sommes trois. Cela suffit pour créer une association. Je vais préparer les statuts, vous ferez la déclaration au ministère et nous ouvrirons un compte en banque. D’autres chèques arriveront peut-être. »
L’Association est née de cette façon.

Le
Laos était très exactement ce qu’il est encore aujourd’hui. Tel le Viêt-nam, il était coupé en deux. Au nord, le parti communiste avait le pouvoir et régentait cette partie du territoire encadrée par les Nord-Vietnamiens. Sans l’aide du Nord-Viêt-nam, les communistes n’auraient pu conquérir le pays. Au sud existait le gouvernement légal, le gouvernement du roi. La cour se trouvait à Luang Prabang, la capitale historique du Laos. Vientiane avait surtout des fonctions administratives. Il était facile de circuler dans le Sud et les Français voyageaient librement, sans document particulier. J’ai ainsi eu l’occasion de parcourir la région, non seulement jusqu’à Xieng Khouang où a commencé l’Association, mais bien au-delà et jusqu’à l’extrême sud. Partout, nous recevions le même accueil chaleureux et l’hospitalité caractéristique de l’Asie du Sud-Est.

L’un des enfants que j’avais accueillis a été tué lors de la prise de Xieng Khouang par les troupes communistes. Nous avions été séparés par les combats et l’enfant était resté au pensionnat, qui, malgré la guerre, continuait à fonctionner. Au cours de vacances passées dans un village peu éloigné de l’école, l’un des deux enfants s’est trouvé pris sous le feu croisé des mitrailleuses et il a été littéralement haché par les balles. Je m’étais beaucoup attaché à lui et sa disparition m’a bouleversé. »

 ly_lenfant_assassin.jpg Jean-Claude Didelot : « Il s’appelait Ly et avait quatorze ans. Je ne l’ai pas connu – il a été tué avant que je rencontre René Péchard – mais j’ai sur mon bureau la photo d’un enfant au regard triste dont je suis l’un des derniers à connaître l’histoire. »  


René Péchard : « L’autre enfant, lui, a travaillé à la Mission militaire française, que le Pathet Lao a laissée tranquille pendant un peu de temps à Xieng Khouang. Il est devenu très bon mécanicien et a continué ses activités à Vientiane quand il lui fut possible de rejoindre la capitale. Il est maintenant employé chez Renault en France, où il gagne bien sa vie.J’aurais pu arrêter mes « prétentions » à ces deux enfants, mais le but d’une association dépasse évidemment quelques individualités, d’autant que, sur place, tant de gosses nous tendaient les bras… Nous étions convaincus, au Laos, que d’autres chèques suivraient le premier si nous bougions un peu. J’ai eu l’idée de faire appel à tous les chirurgiens-dentistes de France. Ils ont reçu une lettre leur demandant de bien vouloir participer au parrainage d’enfants démunis au Laos. La réponse fut fulgurante. Grâce à l’argent reçu, nous pûmes prendre en charge d’autres bambins. Ils ont reçu de nous des bourses scolaires et, pour les plus pauvres, des bourses d’entretien. Des containers pleins de vêtements en bon état arrivèrent aussi par bateau. Le moyen de transport prenait du temps mais, après maîtrise du circuit, les arrivages se firent régulièrement. Très vite, nous pûmes mettre en place un vestiaire bien pourvu dont s’occupèrent avec dévouement les dames de la Mission militaire française et les épouses des professeurs. Nous eûmes peu après l’idée de nous adresser directement aux laboratoires pharmaceutiques.Là encore, la réponse fut plus que généreuse. Ils nous envoyèrent non seulement des échantillons, mais encore des traitements complets aptes à soigner les grandes maladies courantes. »

JCD
 : « Parmi ceux qui répondirent, il convient de citer Pierre Fabre, alors à l’aube de la grande aventure industrielle qui le conduira quelques années plus tard à doter notre pays du groupe qui porte son nom. Il s’investira personnellement en assurant l’éducation d’une fratrie entière et restera toujours un ami fidèle et généreux par delà la disparition de René Péchard qui lui vouait une profonde admiration et une grande reconnaissance. »
 


RP :
« Grâce à cette aide, nous nous sommes trouvés à la tête d’une bonne pharmacie, où sont venus se fournir des Laotiens indigents. La pharmacie a aussi fait le bonheur des missionnaires qui, au Laos, étaient les seuls à traiter les malades dans les villages. Ils étaient « médecins » comme j’étais « dentiste » et leur savoir était limité. Mais ils faisaient de leur mieux et, avec l’aide d’un livre simple mais bien documenté, ils tiraient d’affaire les malades atteints d’affections sans trop grande gravité. Notre pharmacie a rendu pendant longtemps de très grands services. Lorsque le conflit nous a séparés des enfants de Xieng Khouang, il n’était plus question de les aider, car le Pathet Lao interdisait toute circulation des personnes et des biens. Nous avons donc étendu notre action sur Vientiane puis, plus au sud, à Paksane, Thakhek, Savannakhet, Pakse, où nous avons pu prendre en charge des enfants dans les différentes écoles tenues par la Mission catholique. Seule la Mission avait des internats. »

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