Témoinage d’un ancien 10 ans après …

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Au cours de ma vie, il ne me semble pas me rappeler d’avoir eu de l’animosité envers qui que ce soit. Il est vrai qu’il puisse arriver des moments de colères ou l’on s’emporte en vociférant des insanités allant parfois jusqu’à l’emportement physique, mais de là à comparé ça à la haine il y a encore une longue séparation. Mais il m’est arrivé de vouloir faire délibérément du mal à quelqu’un, cette personne dont j’avais l’image d’un beau père alcoolique menaçant perpétuellement ma mère de douleurs physiques.

 

 

Ce fut une colère passagère d’adolescent.

 

Aujourd’hui, l’expérience a fait que j’adopte par anticipation le précepte de «  aimer vos ennemis » même si ceux là ne se sont pas encore dans leur totalité déclaré. Leur pardonner sera par la suite plus aisé, même si il existe des cicatrices irréversibles.

 

La vie est une lutte perpétuelle.

 

Ceux qui m’ont fait du mal, je leur pardonne mais je n’arrive pas à tout accepter. Ils ont tout pris, ils se partagent le tout et laissent des miettes aux enfants pauvres.

Ils ont pris ce que Tonton, ce que Mon grand père[1], ce que mon parrain avait construit toute sa vie.

 

Les Enfants du Mékong n’était pas pour moi une association, pour moi c’est des vacances au bord de la mer, des frères biens aimés, un abri confortable et chaleureux, une famille unie portant des valeurs avant tout chrétiennes, une grande part de ma vie en somme.

 

Mais en réalité, d’après leur site internet Les Enfants du Mékong serait une association qui gère environ 580 programmes de parrainage d’enfants, une centaine de programmes de développement durable, 22 000 enfants parrainés et 60 000 enfants soutenus, 7 pays d’action : Vietnam, Thaïlande, Laos, Philippines, Cambodge, Birmanie et Chine. A défaut de 23 euros par mois et par enfants…le calcul est vite fais.

5 millions d’euros récolté en 2010, fondé et présidé par Tonton pendant 32 ans… sans compter les placements bancaire censés assuré la pérennité de la structure. Mais j’ai appris que seulement une partie partielle des parrainages arrivait aux enfants démunis.

 

Mais ce qui a directement affecté ma vie c’est le fait que à cause d’eux, j’ai du partir du cocon qui devait assurer la réussite de mes études supérieures. Me faisant ainsi connaitre le monde des excès, dont les conséquences sont sans retour.

 

Je peux dire que j’ai un rêve, le rêve de perpétuer l’œuvre de grand père. Je ne viens pas d’une famille ou de génération en génération on est des grands hommes, mais je viens d’une famille respectable, aussi décoré au Vietnam et mon père assure aussi des fonctions de hautes responsabilités.

 

Comment se traduit concrètement ce rêve? Reprendre la direction des Enfants Du Mékong. Voilà, si seulement j’avais la capacité d’écrire ma vie et d’en faire une œuvre je poursuivrais ce combat. Mettre en lumière les chantages et humiliations qu’a subit Tonton.

 

L’histoire nous montre que les royaumes conquièrent et se font conquérir, comment accepter de laisser notre royaume aux assaillants ? Ce royaume dont je suis un des enfants. Il y a cet être en moi qui a grande soif de prouver sa bravoure, montré que sa persévérance n’est pas que théorique ou rhétorique, révélé sa capacité de décision. Il est évident que l’on puisse rebâtir, mais je ne me sens pas vraiment l’âme d’un patriarche. Néanmoins, trouver assez de moyens pour pouvoir employer une personne à plein temps au sein de l’institut du fleuve serait déjà pour moi une grande consolation.

 

Dans mes aventures, j’ai eu des rêves et des visions.

 

Comment ne pas y être sensible ? Mais il me reste encore un temps accordé à la réflexion, à la prise d’expérience, à la mise au point.

Je ne crains pas de devenir fou, nous le sommes tous relativement. Il m’arrive de parler à haute voix tout seul. Mais j’ai vu que je n’étais pas le seul à le faire, et cela me rassure. Je cherche ce contact qui me relie à l’éternel.

 

Comment alors se résoudre à oublier cette meurtrissure d’hier, et se contenter d’un travail de manutentionnaire qui vous prend tout votre temps, ou se lever la nuit pour aller compter les voyageurs dans les bus comme une simple calculatrice ?

La loi du bitume m’a fait connaitre le monde des petits voyous et je sais que les autres sont des grands. Il semblerait que le directeur fasse partie de réseaux d’influence puissants (un nouveau livre sur les réseaux catho vient de paraitre). Mais quand on a la certitude de mener le bon combat, ya t il une raison qui pourrait nous pousser à ne pas le faire ?

 

Seulement la peur … pourrait nous faire obstacle.

 

Je sais que grand père est dans une démarche de pardon (encore faudrait-il que les coupables s’excusent), il n’a plus le temps de se battre contre des ennemis trop nombreux et puissants. Mais moi, j’ai été directement affecté par les épreuves qu’ont connues l’association et son président. Tonton a de justesse échappé à la mort à cause d’une « embolie pulmonaire», lorsque ses accusateurs au même moment l’attaquaient de tout front.

 

Durant cette terrible épreuve, je me souviens encore du moment où l’on s’était tous rassemblés autour du lit de Tonton hospitalisé pour faire la prière du soir. Cette sensation, celle que l’on a lorsque plus rien n’a d’importance si ce n’est la vie elle-même, où les tracas du quotidien deviennent risibles et où les événements les plus importants deviennent secondaires.

 

Je l’ai également ressenti car moi aussi je ne suis pas passé loin de la mort dans ma propre maladie, et j’ai du mal à me faire l’idée que cette épreuve ne soit pas la conséquence directe de la fermeture successive des maisons d’Enfants du Mékong destinés à aider les jeunes asiatiques sur le sol Français.

 

Mais le Seigneur ne nous a pas laissé partir.

 

Que se serait il passé ? Les désinformations successives de ce directeur parviendrons à cacher la vérité au sujet de l’association, le faisant ainsi passé fondateur d’une œuvre qui n’est pas sienne car j’imagine que même la mémoire de Tonton Péchard ne sera pas, à terme, respectée.

 

Comment ne pas s’élever contre une telle injustice ? Comment le faire sans salir l’association ? Comment tourner la page ?… Je sais que Tonton voudrait que l’on vive simplement en suivant les pas de Jésus, transmettre l’amour qu’il nous a donné avec humilité. J’aurais voulu servir à Tonton durant ses épreuves, je veux le servir aujourd’hui et j’aimerais servir sa mémoire demain.

 

J’ai parfois l’impression de vivre deux vies en parallèle, dans l’une ou je ne suis qu’un jeune homme obligé de faire tout ce que je ne veux pas, de lutter pour des idées dont je ne crois pas. Mais dans l’autre vie, je découvre dans mes rêves, mes lectures et mes rencontres avec des êtres qui pensent comme moi, que l’on est maitre de son destin. Je sais qu’il existe un pont entre ces deux vies, peu à peu je fais ce que j’aimerais faire. J’ai besoin de temps, je vis ma vie un peu comme un acteur s’exerçant pour une future représentation. J’ai appris qu’il valait mieux parfois prendre son temps quitte à passé aux yeux du monde pour un paresseux, que de se précipiter et se rendre compte que le chemin que l’on a pris n’est pas le sien car chaque initiative peut être lourde de conséquences.

 

L’échéance pour moi qui approche est le baptême, mais dois je vraiment attendre ce sacrement pour changer radicalement ? Il est évident que non, mais ce n’est pas si facile qu’on ne le croit. Je me demande si à terme je réussirais à « ravaler mon chagrin, taire mon mépris et renoncer à toute vengeance »[2], et si j’arriverais à faire mienne la devise familiale de grand père : « Nobiliter vixi, nec dimittam »[3].

 


[1] (Je l’appelle ainsi car mon père lors d’un séjour en France m’as confié à Tonton en tant que petit fils, il doit rester un document écrits de cet échange)

[2] Extrait de Ecrire ses mémoires, de Jean Claude Didelot aux éditions du Jubilé.

[3] J’ai vécu dans l’honneur, je ne faillirais pas.

{jcomments on}

 

Commentaires:

2011-03-15 par Hung

Avant 2001 plus centaine de jeunes ont été hébergés à travers 6 mainsons.

 

Ils ont fermé l’année dernière le foyer d’Asnières et cette année 2011 le foyer Rungis.

 

Sans compter les foyers Marcel Van de Montparnasse, Maison Notre Dame et celui de Pau pour les séminaristes depuis 2001.

 

Toutes les maisons sont fermées fruit d’un travail acharné depuis 50 ans de René Pécher et Jean Claude Didelot. (Au total 6). Imaginez que deviennent les jeunes hébergés???

 

« …Je t’aime, je t’aime, je t’aime… mais le CA !!! ou le président !!! ou les éducateurs !!! ou la situation économique m’oblige de te virer »

 

En tout car ce n’est pas leur problèmes.

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